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// Tony Allen Ecouter les albums de Tony Allen


Tony Allen
© Bernard Benant

Portrait de: Tony Allen


Là où Fela était radicalement panafricain, Tony Allen est fondamentalement ouvert aux métissages. Alors que Fela cernait chaque intervention de ses musiciens, Tony Allen laisse libre cours à l'inspiration de qui joue avec lui. Et, tandis qu'au fil du temps le discours et toute l'attitude de Fela se faisait de plus en plus politique, Tony Allen, lui, se faisait de plus en plus musicien. Tout se passe comme si les deux anciens complices (le leader de l'afrobeat et son batteur mythique) s'était réparti le slogan "Music is the weapon of the Future" en deux phrases bien distinctes : "Music is a weapon" pour Fela et "Music is the future" pour Tony.


Pourtant, au milieu des années 60, ils avaient inventé ensemble cette alchimie entre mélopées traditionnelles africaines et rythmes noirs-américains. Leur aventure commune avait commencé en 1964, au sein d'un groupe baptisé les "Koala Loubitos" qui jouait une sorte de Highlife (musique originaire du Ghana, voir les émissions "Radio Iba") tendance jazzy. A la suite d'une tournée aux Etats-Unis, Fela et son groupe jettent les bases de l'afrobeat. A la même époque (1969), Tony Allen prend la direction de l'orchestre, lui imposant de nouvelles directions.



"Avant de rencontrer Fela, racontait Tony au magazine "Trax", en 1999, j'étais déjà le meilleur batteur du pays. J'avais reçu une formation classique mais je voulais jouer de manière différente, pas comme les Américains mais à la manière africaine tout simplement. Je voulais quelque chose d'unique. Après, tout le monde a voulu jouer comme moi...".
 


En 1979, les deux hommes se séparent et Tony Allen monte son propre groupe, les "Mighty Irokos". Ils enregistrent trois albums. Mais, Tony assumant difficilement le rôle de leader, il dissout la formation et quitte le Nigeria pour le Japon. En 1984, il s'installe à Londres où il reste deux ans, avant de s'établir à Paris. Là, il enregistre deux disques où déjà se mêlent afrobeat et sons électroniques. Pas franchement des réussites. Peu à peu, Tony glisse vers le jazz, écumant les scènes des clubs parisiens et s'enfermant progressivement dans un ghetto. Mais l'équipe du Cithéa (un bar-club avant-garde de la rue Oberkampf à Paris, ayant une programmation très groove) décide de signer Tony sur leur label "Comet Records", convaincu de sa potentielle ouverture sur la scène dancefloor. Ils sortent "Ariya" en disque vinyle et, aussitôt, les plus grands Dj’s craquent.


Du coup, Comet décide de sortir un album entier. Ce sera "Black Voices", en 1999, produit par Doctor L, le célèbre Dj's parisien. Métissant sa musique de sons électroniques, jouant avec de jeunes guitaristes blancs et inspirés, réduisant les cuivres et les percussions à une portion congrue (quitte à les gommer le plus souvent), Tony Allen a une conception totalement ouverte, sans doute inculquée par le jazz : "J'écris les bases, essentiellement rythmiques, l'ossature en quelque sorte, mais le projet reste ouvert. L'improvisation est un facteur essentiel". Déployant toutes grandes ses antennes, à 60 ans passés, Tony Allen est en train de créer un afrobeat absolument expérimental.



Magali Bergès




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